2026 marque un tournant pour la viticulture : un millésime de tous les extrêmes, qu’il s’agisse de pluviométrie hivernale, de précocité de la vigne, de sécheresse exacerbée par plusieurs canicules successives ou d’hétérogénéité des maturations. Durant cette année éprouvante, la Maison a sans cesse adapté ses pratiques. Ses raisins récoltés majoritairement du 10 août au 2 septembre affichent ainsi un bel état sanitaire et de bonnes maturités, malgré des volumes impactés.
2026,
une succession de conditions climatiques extrêmes
Dès janvier, ce millésime s’annonce hors norme avec des pluies hivernales diluviennes : le 21 février, le niveau de la Loire atteint 5,17 m à Saumur. Avec ces crues historiques et des précipitations encore intenses jusque fin mars, la réserve hydrique des sols est à son paroxysme.
Favorisé par ces terroirs gorgés d’eau et des températures clémentes, le débourrement de la vigne débute très tôt– 15 jours d’avance par rapport à 2025, pourtant précoce– avant d’amorcer une croissance végétative record : dès le mois de mai, les vendanges sont déjà prévues début août. Les équipes Langlois, renforcées, font alors preuve d’une grande adaptation pour intervenir rapidement dans toutes les parcelles. Fort heureusement, le vignoble passe à travers le risque de gel, malgré deux épisodes menaçants.
Après la mi-mai, la chaleur s’installe durablement, tandis que les réserves utiles en eau commencent à s’épuiser. La question de la gestion de ces réserves et du travail des sols devient primordiale pour les équipes, en permanence obligées de s’ajuster. Un phénomène renforcé par les 4 canicules successives qui s’enchainent dès la mi-juin, et freinent par à-coups le développement de la vigne.
Une extrême sécheresse frappe le vignoble : 67 mm de pluies cumulées seulement du 1er avril au 23 août, contre 123 en 2025 et 238 en 2024. Elle dépasse même celles de 2003 et de 2022, ayant enregistré respectivement 228 mm et 172 mm de précipitations sur la même période. Les réserves en eau disponibles sont inférieures à 10% dans une grande partie des parcelles à la mi-juillet, voire depuis fin mai pour certaines. Ce chiffre s’écroule à moins de 1 % à la fin du mois d’août. La vigne se montre malgré tout résiliente : d’importantes sorties de grappes sont observées et l’état sanitaire du vignoble reste bon.
À ANNÉE EXCEPTIONNELLE, SOINS EXCEPTIONNELS
Face à cette situation, la Maison a adapté ses itinéraires de production quasiment chaque semaine en mobilisant toutes les solutions techniques pour préserver au mieux son vignoble cultivé en Agriculture Biologique. Les traitements ont par exemple été effectués de nuit ou de bon matin. Ceux au soufre ont vite été arrêtés pour ne pas risquer de brûler la vigne, malgré des menaces d’oïdium. Du kaolin (une argile blanche) a été appliqué sur les cépages et terroirs les plus sensibles pour éviter que les grappes brûlent. Autre parti pris rare, au cœur de l’été : la vaporisation d’engrais foliaires pour alimenter la vigne en minéraux, lui permettant ainsi de surmonter son stress hydrique et de relancer sa croissance.
Les vendanges les plus précoces de la Maison
Jamais les récoltes n’ont débuté aussi tôt, avec une avance de 3 semaines par rapport à la moyenne. Elles s’ouvrent le 10 août par la cueillette des Chardonnay et Pinot Noir du Clos Saint-Florent, avant de s’achever le 2 septembre. Réalisées en moins de 4 semaines, elles s’avèrent ainsi particulièrement courtes en raison de risques d’orages et de la maturation exponentielle de certains raisins qui implique d’intervenir rapidement : la première semaine, les degrés des Chardonnay augmentent 3 fois plus vite que la moyenne.
Pendant cette période, la chaleur reste encore bien souvent écrasante pour les grappes, mais aussi pour les femmes et les hommes à l’œuvre. Les horaires de travail des 50 vendangeurs de la Maison sont donc adaptés de 4h00 à 13h30, avec des pauses hydratations fréquentes. Les vendanges de nuit, à la frontale, présentent par ailleurs l’avantage de récolter des raisins plus frais, un point décisif au regard de ce millésime étouffant. 30 mm de pluie fin août sont finalement les bienvenus pour les jeunes vignes et les vendangeurs.
Des volumes impactés par la sécheresse
Le manque d’eau a engendré des pertes sur plusieurs secteurs, notamment sur les terroirs moins calcaires. Les volumes de raisins vendangés sont par conséquent inférieurs de 20 % aux rendements cibles de la Maison.
Heureusement, la bonne fertilisation organique des vignes en amont du millésime et tous les autres soins attentifs des équipes Langlois ont permis d’endiguer la situation, comme dans le Clos Saint-Florent où la plupart des grappes ont pu être récoltées, et ce avec de belles maturités.
LE CHENIN ET LE RÉCHAUFFEMENT CLIMATIQUE
Le Chenin, signature aromatique des Crémants de Loire Langlois, craint les chaleurs importantes. Ce millésime confirme la pertinence de la réflexion menée par la Maison autour de ce cépage dans un contexte de changement climatique. Le choix des parcelles de plantation, en privilégiant des sols calcaires profonds, apparait par exemple décisif, tout comme le travail sur la résilience des sols. Autre axe étudié par Léa Martinat, Responsable Vignobles : la diversité intra-clonale et intra-variétale du Chenin, en collaboration avec des instituts techniques et des pépiniéristes.
Des maturités hétérogènes selon les terroirs et l’âge des vignes
Les vignes de la Maison ont révélé des différences significatives de résistance face au stress hydrique selon leur âge, la profondeur et la structure de leur enracinement, ou encore le fonctionnement de leur sol. Celles de plus de dix ans ont été plus endurantes, tandis que les terroirs argilo-calcaires ont démontré leur rôle clé pour réguler l’eau disponible.
Cette hétérogénéité s’est retrouvée au sein des parcelles : le développement de certaines vignes s’est bloqué, tandis que d’autres ont connu une croissance extrêmement soutenue. Plus encore, ces disparités ont été identifiées à l’échelle même des grappes, certaines regroupant à la fois des grains en sous-maturité et des grains en surmaturité.
Pendant les vendanges, le travail acharné et la réactivité des équipes à la vigne ont porté leurs fruits avec des Pinot Noir récoltés d’une belle maturité et acidité, des Chardonnay cueillis au bon moment, juste avant leur surmaturité, et des Chenin aussi préservés que possible. De manière générale, les baies s’avèrent de petite taille, du fait du manque d’eau, avec un degré potentiel plus élevé qu’habituellement et une acidité moins importante. C’est à présent au tour des équipes en cuverie et en cave de prendre le relai, fortes d’un précieux savoir-faire, pour des vinifications attentives qui permettront de révéler le meilleur de ce millésime jamais vu.
« Le Val de Loire reste prometteur, et le Saumurois a évité ce qu’il y a de pire : le gel, la grêle, les incendies. Nous avons entré une vendange plus faible, certes, mais elle est là, et sans maladie. »
Léa Martinat, Responsable Vignobles